L’arbre qui cache la forêt
Genève 2020
C’est dans un charmant recoin du quartier de Grange-Canal qu’elle a poussé sur la haute façade de ciment. Déployant ses gracieuses arborescences le long de la paroi borgne, cette forêt imaginaire et colorée catapulte le promeneur dans un univers de fables toutes gonflées d’enfance. L’âge tendre, c’est précisément ce qui a guidé Marie van Berchem dans la conception de cette fresque de douze mètres sur sept, créée l’hiver dernier. D’abord, parce que cette demeure l’a vue grandir et que «dessiner sur les murs de sa maison relève d’un fantasme enfantin». Ensuite, parce que l’artiste genevoise de 29 ans s’est imprégnée des mondes rêvés et de la fantaisie des petits pour préparer cette peinture, en se replongeant dans des livres illustrés.
Puisqu’un auguste érable la dissimule partiellement, l’œuvre a été baptisée «L’arbre qui cache la forêt». Le feuillu s’est invité dans le titre et au milieu du tableau, mêlant, au gré des saisons, les réalités changeantes de ses frondaisons à l’immuabilité de la sylve peinte. «Il s’agissait d’une grosse contrainte, reconnaît la jeune plasticienne. J’ai d’ailleurs beaucoup observé comment les arbres s’organisent entre eux dans une forêt afin de tous bénéficier d’un peu de lumière.»
Aux rigoureuses verticalités du bas de l’image font écho les formes plus organiques qui s’épanouissent sur son faîte, conférant à l’ensemble une impression de joyeuse floraison. Telle une fenêtre ouverte sur la rêverie dans le quotidien des passants.
Irène Languin

photo © Pierre Albouy


photo © Pierre Albouy

